Jeudi, 13 Décembre 2018

Les résultats des données sur la criminalité attendus pour la semaine prochaine.

Société

La sécurité est un sujet de préoccupation pour quiconque réside en Afrique du Sud. Pour ne pas s’enfermer dans une peur irrationnelle, et distinguer les menaces réelles, lepetitjournal.com recense ici la criminalité sous ses différentes formes, son évolution, ses ordres de grandeur, en comparaison à la France notamment. Exposé d’une violence tristement ordinaire.

Le département de la police publiera sous peu les dernières données sur la criminalité basées sur la période d’avril 2014 à mars 2015. Ces résultats sont attendus au tournant par les opposants politiques de l’ANC. Et pour cause : ils sont mauvais. Depuis 2012, on observe une recrudescence de la criminalité en Afrique du Sud et en particulier dans la province du Gauteng. La pression migratoire (intérieure et étrangère), une situation économique stagnante, et le peu de moyens mis dans la prévention de la violence, font le terreau de la délinquance.

Les homicides.

47 personnes décèdent par jour de mort violente suite à des coups de feu ou de couteau. Avec un total de 17.068 personnes décédées en 2013-2014 (selon les statistiques de la police), le nombre d’homicides est à nouveau en augmentation depuis 2011, après plusieurs années de recul consécutif. En effet, entre les premières élections démocratiques de 1994 et aujourd’hui, l’incidence des homicides, que l’on compte en nombre de morts pour 100.000 habitants, aurait été divisée par deux, passant de 64,8 à 32. Parallèlement, le nombre de possesseurs d’armes aurait diminué de 2,4 millions en 1994, à 1,5 million, notamment grâce à la loi sur le contrôle des armes à feu votée en 2000. Pas de quoi déclarer la fin des hostilités : l’incidence des homicides place l’Afrique du Sud en tête des pays les plus violents au monde, avec un taux 5 à 6 fois supérieur au taux moyen international. A titre de comparaison, on compte à peine 1,2 homicides pour 100.000 habitants en France (moins de 800 sur un an).

Profil des victimes.

L’homme de 15 à 29 ans vivant dans un township est un loup pour l’homme âgé de 15 à 29 ans, du même quartier défavorisé. La répartition géographique est très hétérogène. Dans le quartier de Sandton, 10 personnes ont perdu la vie par homicide sur plus de 110.000 résidents et dans celui de Rosebank, seule une personne a perdu la vie en 2013-14. Selon une étude de l’ISS (Institute of Security Studies), trois quarts des homicides sont rapportés à un quart des bureaux de police du pays. Contrairement aux idées reçues, c’est au Cap qu’il y a le plus fort taux d’homicides, mais encore une fois, la répartition montre que ces meurtres sont concentrés dans les plaines du Cap qui abritent les townships les plus violents du pays, comme celui de Mitchells Plain. 10% des bureaux de police du pays n’enregistrent aucun meurtre dans l’année. A Johannesburg, le centre ville ou CBD reste l’endroit le plus meurtrier.
7 fois plus d’hommes que de femmes meurent par homicide en Afrique du Sud ! Quand les femmes sont agressées, 3 fois sur 5, elles sont intimement liées à leur meurtrier.

Autres morts violentes.

Environ 12.000 personnes meurent sur les routes chaque année selon la RTMC (Road Traffic Management Corporation) dont un tiers de piétons. Ils sont 3.384 en France au total en 2014. Ce chiffre serait largement sous-estimé si l’on en croit les statistiques publiées par le comptage des corps dans les morgues : les constats post-mortem dans le Gauteng font état d’un tiers de morts sur la route de plus ! En prenant l’estimation la plus basse, celle de la RTMC, l’incidence moyenne de mortalité par accident de la route serait de 22 morts pour 100.000 habitants, soit le double du taux d’homicides commis dans le quartier favorisé de Sandton par exemple.

Le vol de résidence est sans doute le crime le plus redouté chez les étrangers s’installant dans le pays. De l’ordre de 260.000 cas d’effraction de résidence (housebreaking ou residential burglary) ont été rapportés sur 2013-14. L’acte d’effraction, qu’il y ait ou non vol, s’oppose à l’acte qualifié de robbery, qui suppose l’utilisation de la violence ou la menace avec une arme. 19.284 actes qualifiés de residential robbery ont été commis sur 2013-14, soient deux fois plus qu’il y a 10 ans !

Les carjacking (vol ou tentative de vol de véhicule avec menace). L’analyse des cas montre que la plupart des agressions ont lieu dans l’allée de la résidence des automobilistes, qui sont agressés au moment de sortir ou de rentrer chez eux. Leur nombre s’élève à 11.221 agressions sur 2013-2014, dont près de la moitié dans la province du Gauteng.
Le nombre de banques et transporteurs de fonds braqués est très limité par rapport aux autres chiffres sur la violence : 20 braquages de banque, et 145 attaques de transporteurs de fonds ont eu lieu en l’espace d’un an. 
En tout, près de 120.000 cas de vol aggravés (avec menace d’arme à feu ou arme blanche) ont été rapportés en l’espace d’un an toujours selon les statistiques de la police. Si l’augmentation des vols avec violence est comparable avec la France, dans 9 cas sur 10, la menace n’est pas faite par une arme à feu et les vols à main armée sont ‘seulement’ de l’ordre de 5.500 cas par an.

Une société violente. Depuis le début de l’année, 60 policiers ont été tués. Sont-ils décédés dans l’exercice – héroïque - de leurs fonctions ? En l’absence d’enquête clarifiant les circonstances, on peut mettre en doute : la moitié d’entre eux n’étaient pas en service, ces policiers s’étaient-ils compromis et leur exécution serait-elle l’issue d’un règlement de compte ? Selon le Independent Police Investigative Directorate, (Idpid) 409 personnes ont été tuées par la police en 2013. D’après une étude comparative la police sud-africaine est beaucoup plus sujette à la violence que la police américaine : les officiers sud-africains ont 4 à 5 fois plus de chances d’être tués et 2 fois plus de chances de tuer que leurs homologues nord-américains. Lizette Lancaster de l’ISS commente pour Africa Check : « la prévention de la violence nécessite des moyens à long terme (…) améliorer le parentage, réduire l’exposition des enfants à la violence. L’Afrique du Sud a besoin de 50.000 travailleurs sociaux. Or c’est le nombre de policiers, que l’on augmenté de 70.000 en 10 ans ». En juin dernier, l’enquête sur l’exécution de manifestants par la police lors des grèves de mineurs de Marikana, a donné tort à la police pour l’emploi de violence excessive. Pourtant l’utilisation des armes à feu est toujours autorisée pour disperser les foules. Insidieusement, quelque soit sa forme, la violence engendre la violence.